• Nnaemeka Ali, O.M.I

Dieu, Lieu, Culture, et Histoire, quelle réinterprétation ?


La théologie [chrétienne] n’est pas une discipline coulée sur le marble. Elle est une réflexion, une relecture, une reinterprétation évolutive de la rencontre entre un peuple et leur créateur; une relecture de la manifestation de Dieu dans un milieu et moment historique précis, et à la lumière de l’expérience des premières communautés chrétiennes. Dans ce texte que nous analysons, Claude Geffré nous fait un parcours historique du chemin théologique.

La théologie selon ce texte n’est pas une discipline qui se limite ni à la répétition des dogmes ni à la lecture aveugle de la Bible. C’est un processus qui permet aux théologiens de comprendre leurs expériences de Dieu à travers une analyse contextuelle de cette expérience à la lumière de celle des autres qui les ont précédés sur le chemin de la foi.

Claude Geffré, Croire et Interpreter, le tournant herméneutique de la theologie, Ed. Du Cerf, Paris, 2001, pp. 7-38.

Dans ce texte de Claude Geffré, nous découvrons une dimension herméneutique de la théologie. L’auteur qui a déjà publié d’autres traités de la théologie en occurrence Le Christianisme au risque de l’interprétation (1983), se donne la tâche de démontrer que la théologie contemporaine n’a pas d’avenir si elle ne prête pas le chemin herméneutique. Dans son ouvrage, Croire et Interpréter, (2001), il fait un constat important. Il souligne que, contrairement à ce qui se dit sur l’herméneutique, elle n’est pas une branche de la théologie, mais plutôt « le destin même de la raison théologique dans le contexte de pensable contemporain » (7). Pour longtemps, soutient-il, le scholasticisme a emprisonné la théologie dans la métaphysique. Et dans son état d’emprisonnement, la théologie a été obligée d’adopter l’objet pensant comme point de départ — « il n’y a pas de compréhension du passé sans précompréhension et sans l’interprétation vivant de soi » (7). Cette forme de théologie s’est perpétuée à travers la méthode qu’il appelle dogmatiste (16).

Face à tout cela, il propose l’hypothèse selon laquelle la théologie doit « tirer les conséquences de la différence entre une compréhension métaphysique et une compréhension historique de la réalité » (13). Pour Geffré, la théologie n’est pas une simple spéculation d’un sujet sur une donnée de foi, mais plutôt une dialectique entre une compréhension métaphysique de la foi et la compréhension historique de cette donnée de la foi. Une compréhension historique non pas seulement au sens de passé, mais aussi dans le contexte du croyant — « une dimension intérieure de la raison théologique ou encore un nouveau paradigme… » (11).

Et puis, Geffré propose d’examiner l’approche herméneutique de la théologie en appliquant une méthode de synthèse (10). Il puise abondamment des œuvres de Paul Ricœur et d’autres phénoménologues.

Geffré ne prétend pas être l’initiateur de l’herméneutique comme méthode en théologie, car il reconnaît que, dès le début du Christianisme, l’herméneutique a toujours été appliquée dans toutes les lectures interprétatives de l’expérience chrétienne (11).

Pour développer sa pensée, Geffré constate que pour parler aux gens d’aujourd’hui, la théologie devrait prendre sa distance non pas seulement de l’ancienne métaphysique, mais aussi de la philosophie du sujet (12). Autrement dit, la théologie contemporaine, surtout parmi les théologiens catholiques, est appelée à se libérer du néoscholasticisme et de la théologie positiviste.

D’ailleurs, Geffré soutient que la théologie a toujours été une réinterprétation de l’expérience de Dieu ; « un discours qui réfléchit sur le langage sur Dieu, un discours sur un langage qui parle humainement de Dieu. » (14). Et, parce que la théologie est un discours sur le langage sur Dieu, les théologiens ont besoin de toujours distinguer entre la parole de Dieu comme une expérience de Dieu, et le canal à travers lequel elle se présente (17). Ici, Geffré applique l’herméneutique textuelle de Ricœur (23-27). Il explique que les théologiens ont la tâche de réinterpréter les textes classiques — les écritures, les écrits des grands penseurs chrétiens tels qu’Augustin et Thomas, etc.

Et pour être fidèles dans la relecture, ou la réinterprétation de la Parole de Dieu, les théologiens sont appelés à considérer la relation, entre l’expérience de la première communauté chrétienne, l’expérience de la communauté chrétienne d’aujourd’hui et leurs contextes historiques (20).

Parmi les apports de Geffré, c’est d’avoir clairement démontré que l’herméneutique théologique ouvre la porte aux praxis. Geffré va même plus loin pour appeler l’herméneutique : « un lieu théologique » (32-33).

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